(Guinée Eco) – En 2014, à la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), la surliquidité des banques primaires était un fait largement admis. En 2025, la réalité s’est inversée : le système bancaire est en proie à une rareté persistante de liquidités.
Déséquilibres croissants
La situation s’est dégradée progressivement. Après une reprise ponctuelle en 2023, la liquidité bancaire a connu un recul marqué en décembre 2024, chutant de plus de 30 % en seulement trois mois. Le resserrement monétaire s’est accompagné d’une baisse inquiétante des dépôts à vue, fragilisant davantage les banques commerciales.
Les effets des ODT
Au cœur du déséquilibre : le financement de l’État par le biais des Obligations du Trésor (ODT). Attirées par des rendements élevés, les banques ont redirigé leurs ressources vers ces titres publics, au détriment du crédit au secteur privé. Conséquence : une éviction nette de l’économie réelle, réduisant la capacité d’investissement des entreprises et des ménages.
Un pilotage monétaire sous pression
La BCRG peine à stabiliser la masse monétaire. L’introduction de nouveaux billets n’a pas suffi à fluidifier la circulation fiduciaire. Son incapacité à approvisionner efficacement les banques en cash accentue la crise de confiance, tant de la part des institutions financières que du grand public.
Un climat de défiance généralisée
Face à l’incertitude, les banques conservent leurs maigres réserves. Les clients, eux, expriment colère et frustration, dans un contexte de communication institutionnelle quasi absente. Ce climat de défiance alimente le risque de désintermédiation bancaire, déjà accentué par la forte informalité de notre économie.
Réformes et vision à long terme
Pour sortir de cette impasse, la Guinée doit repenser en profondeur sa politique monétaire et ses mécanismes de financement. Il est urgent d’instaurer une coordination crédible entre le Trésor et la BCRG, de réguler l’émission de titres publics, et de renforcer les capacités du marché interbancaire.
Surtout, il nous faut sortir d’une gestion au jour le jour. Seuls des plans de développement pluriannuels, assortis de mécanismes de suivi rigoureux, permettront de restaurer la confiance et d’ancrer la stabilité monétaire à long terme.
Par Safayiou Diallo, économiste