La convention sur la protection de la haute mer en Afrique de l’Ouest : un tournant stratégique pour les océans

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(Guinée Eco) – La haute mer, cet espace maritime situé au-delà des juridictions nationales, représente près de la moitié de la surface de la planète. Longtemps considérée comme un territoire sans véritable régulation, elle est aujourd’hui au cœur des débats environnementaux mondiaux. En Afrique de l’Ouest, où les économies côtières dépendent fortement des ressources marines, la convention internationale sur la protection de la haute mer marque un tournant majeur.

En 2023, les États membres de l’Organisation des Nations unies ont adopté un accord historique sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, souvent appelé traité sur la haute mer (BBNJ). Ce texte complète la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, signée en 1982, qui constitue la base du droit maritime international.

L’objectif est clair : protéger la biodiversité marine, réguler l’exploitation des ressources génétiques marines, renforcer les études d’impact environnemental et favoriser un partage plus équitable des bénéfices issus des océans.

Des pays comme le Sénégal, la Mauritanie, la Guinée ou encore le Ghana disposent de façades maritimes stratégiques. La pêche représente une part importante de leur économie, en termes d’emplois, de sécurité alimentaire et d’exportations.

Or, les eaux internationales proches de ces zones sont exploitées par des flottes industrielles venues de différentes régions du monde. L’absence de contrôle strict a favorisé la surpêche, la pêche illégale et la dégradation des écosystèmes marins.

La convention sur la haute mer offre donc un cadre juridique renforcé pour protéger ces espaces et mieux encadrer les activités humaines.

Le traité permet d’établir des zones protégées au-delà des eaux territoriales. Pour l’Afrique de l’Ouest, cela signifie la possibilité de préserver les zones de reproduction et de migration des poissons, essentielles à la survie de la pêche artisanale.

Les fonds marins contiennent des ressources biologiques précieuses pour la recherche pharmaceutique et biotechnologique. La convention prévoit un mécanisme de partage des bénéfices, ce qui pourrait permettre aux pays africains d’accéder à des retombées financières et technologiques plus justes.

Toute activité susceptible d’endommager la biodiversité devra désormais faire l’objet d’évaluations plus strictes. Cela concerne notamment l’exploitation minière des fonds marins et certaines formes de pêche industrielle.

Si le traité constitue une avancée historique, son efficacité dépendra de sa ratification et de son application effective par les États. Les pays d’Afrique de l’Ouest devront renforcer leurs capacités techniques, juridiques et scientifiques pour participer pleinement aux mécanismes de gouvernance internationale.

La coopération régionale sera également déterminante. Les organisations sous régionales devront harmoniser les politiques maritimes et lutter contre la pêche illégale, un fléau qui coûte chaque année des centaines de millions de dollars aux économies ouest-africaines.

Au-delà de la protection environnementale, la convention sur la haute mer représente un enjeu de justice et d’équité. Elle ouvre la voie à une gouvernance plus inclusive des océans, où les pays en développement peuvent faire entendre leur voix.

Pour l’Afrique de l’Ouest, la mer n’est pas seulement un espace naturel : elle est un levier de développement, un facteur de stabilité sociale et un patrimoine pour les générations futures. La protection de la haute mer devient ainsi une condition essentielle pour assurer la sécurité alimentaire, préserver l’emploi et garantir un développement durable.

La ratification et l’application ambitieuse de cette convention pourraient marquer le début d’une nouvelle ère pour la gouvernance maritime régionale, une ère où exploitation rime enfin avec responsabilité.

Moussa Ba, Dakar – Sénégal

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