Liberté de la presse : En Guinée et dans le Sahel, l’autocensure supplante désormais la censure directe

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(Guinée Eco) – Entrave au travail d’information, pressions économiques, arsenal juridique restrictif : en Guinée, au Burkina Faso, au Mali et au Niger, l’exercice du journalisme indépendant fait face à de lourds défis. Un rapport récent de la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) met en lumière un phénomène grandissant au sein des rédactions : l’autocensure.

Publié le 14 août 2026 à Abuja, le rapport de la MFWA dresse un bilan alarmant de l’état de la liberté des médias dans quatre pays ouest-africains sous régimes de transition militaire. D’après cette étude, la détérioration des conditions de travail des professionnels de l’information a progressivement conduit à l’évitement direct de certains sujets sensibles, bien avant toute interdiction officielle.

L’autocensure, une réalité quotidienne dans les rédactions

Si au Burkina Faso les auteurs ont évité les entretiens directs par crainte de représailles envers leurs interlocuteurs, ce sont près de 200 professionnels des médias qui ont été interrogés en Guinée, au Mali et au Niger. Pour la grande majorité d’entre eux, l’autocensure est devenue un réflexe de prudence et une contrainte quotidienne.

Interrogé sur le sujet par nos confrères d’Ouestafnews, Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (RSF), observe que cette prudence pousse aujourd’hui de nombreux médias à privilégier la parole officielle avant d’aborder des sujets sécuritaires ou politiques. Pour Maateuw Mbaye, chargé de programme chez Article 19 Afrique de l’Ouest, bien que l’autocensure reste un phénomène difficile à mesurer, la recrudescence des mesures restrictives vise clairement à réduire l’espace civique et le journalisme d’investigation.

Cette réticence gagne également les sources d’information : au Niger, 92 % des journalistes interrogés soulignent que leurs interlocuteurs habituels craignent désormais des représailles, limitant fortement la capacité de recherche et de recoupement.

Un arsenal juridique détourné et un impact économique lourd

Pourtant, le cadre légal théorique demeure protecteur. En Guinée, la Constitution garantit la liberté de la presse et la loi organique de 2010 dépénalise les délits de presse. Des dispositions similaires existent au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

Cependant, le rapport de la MFWA pointe un glissement systématique des poursuites vers d’autres textes de loi, notamment ceux portant sur la cybercriminalité, la sécurité nationale ou le maintien de l’ordre public. Au Niger comme au Mali, des professionnels de la presse ont été poursuivis ou condamnés sur la base de lois relatives au numérique dès lors que leurs articles étaient relayés sur les réseaux sociaux.

À ces contraintes juridiques s’ajoutent de fortes pressions économiques et environnementales :

  • En Guinée, le secteur a été durement touché par le retrait de fréquences et la fermeture de plusieurs médias audiovisuels privés en 2024, entraînant la perte de plus de 700 emplois directs, à quoi s’ajoutent les épisodes de restrictions d’accès à Internet.
  • L’effet dissuasif des disparitions non élucidées et des arrestations de journalistes dans la région (comme le cas d’Habib Marouane Camara en Guinée ou d’Atiana Serge Oulon au Burkina Faso) accentue le sentiment d’insécurité dans les rédactions.
  • La vulnérabilité financière des entreprises de presse – très dépendantes de la publicité et des contrats institutionnels – fragilise encore davantage leur indépendance éditoriale.

Un recul généralisé dans les classements internationaux

Cette dégradation constante se traduit directement dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF : entre 2025 et 2026, la Guinée, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont tous perdu plusieurs places.

Au-delà des chiffres et des classements, le rapport de la MFWA alerte sur le risque majeur de banalisation de ce phénomène. Plus difficile à mesurer que la fermeture d’un média ou le blocage d’un site, l’abandon silencieux des enquêtes et le renoncement aux sujets d’intérêt public risquent d’imposer durablement l’autocensure comme norme d’exercice du métier.

La Rédaction de Guinée Eco

www.guinee-eco.com

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