(Guinée Eco) – L’ancien Premier ministre guinéen et président de l’Union des Forces Républicaines (UFR), Sidya Touré, s’est éteint ce vendredi 25 septembre 2026 à Paris, à l’âge de 81 ans. Au-delà du chef de parti et de la figure politique de premier plan, c’est avant tout un haut commis de l’État, un technocrate chevronné et un gestionnaire hors pair que la Guinée et l’Afrique de l’Ouest pleurent aujourd’hui.
L’école de la rigueur macroéconomique en Côte d’Ivoire
Titulaire d’une licence en droit des affaires et diplômé de l’École nationale du Trésor de Paris, Sidya Touré aura forgé son expertise économique au cœur du « miracle ivoirien ». Dès les années 1970 et 1980, il occupe des postes clés au sein de l’appareil financier d’Abidjan : direction du commerce intérieur, gestion de la Caisse générale de péréquation des prix, ou encore responsabilités au sein d’entreprises publiques stratégiques comme la SODESUCRE et la SIR.
Entre 1983 et 1989, en tant que directeur de cabinet du ministre d’État chargé du rééchelonnement de la dette, il se retrouve en première ligne des négociations financières internationales face au Club de Paris et au Fonds Monétaire International (FMI). Cette maîtrise des mécanismes monétaires et bancaires le conduira tout naturellement au poste de directeur de cabinet d’Alassane Ouattara, alors Premier ministre de Côte d’Ivoire (1990-1993).
1996-1999 : L’électrochoc de la Primature à Conakry
Appelé en 1996 par le président Lansana Conté pour redresser une Guinée engluée dans une crise financière et sociale majeure, Sidya Touré applique une méthode stricte, fondée sur la rigueur budgétaire et le pragmatisme financier.
En moins de trois ans à la tête du gouvernement, son bilan économique marque les esprits :
- Restauration des équilibres macroéconomiques : assainissement des finances publiques, maîtrise de l’inflation et amélioration substantielle de la collecte des recettes fiscales et douanières.
- Services de base et infrastructures : amélioration notable de la desserte en eau et en électricité dans la capitale (période souvent rappelée avec nostalgie par les Conakrykas), et accélération du paiement régulier des soldes des fonctionnaires.
- Retour de la confiance internationale : rétablissement des relations financières avec les bailleurs de fonds internationaux (Banque mondiale, FMI, AFD), ouvrant la voie aux premiers programmes d’allègement de la dette pour la Guinée.
Un chef d’entreprise ancré dans le secteur privé et l’agrobusiness
Sidya Touré ne concevait pas l’économie uniquement depuis les bureaux ministériels. Entrepreneur averti, il a dirigé la Société financière et industrielle du Golfe (SOFIG) et a toujours défendu l’idée que le développement de la Guinée passait impérativement par le secteur privé et la transformation agricole.
Lui-même producteur agricole à Kolo, dans la préfecture de Boffa, il plaidait sans relâche pour une modernisation de l’agrobusiness national afin d’assurer la souveraineté alimentaire du pays et de sortir de la dépendance exclusive aux rentes minières.
Un héritage économique pour la Guinée de demain
Jusqu’à ses derniers engagements, Sidya Touré est resté fidèle à sa vision d’une gouvernance axée sur l’efficacité, la transparence financière et la culture du résultat. Pour les acteurs économiques et les jeunes entrepreneurs guinéens, son parcours rappelle qu’aucune politique de développement durable ne peut s’affranchir d’une gestion rigoureuse des deniers publics et d’un climat d’affaires attractif.
La rédaction de Guinée Éco adresse ses sincères condoléances à sa famille, à ses proches ainsi qu’à l’ensemble du peuple de Guinée.