(Guinée Eco) – Ressource vitale pour des millions d’Africains, la pêche constitue à la fois une richesse économique, une source d’emploi et un pilier de la sécurité alimentaire. Mais entre surexploitation, pêche illégale et changement climatique, ce secteur clé vacille, menaçant l’équilibre écologique et social du continent.

La pêche demeure l’un des piliers de l’économie africaine et une source vitale de subsistance pour des millions de familles. Pourtant, malgré son immense potentiel, le secteur halieutique du continent traverse une période critique, entre surexploitation, pêche illégale et changements climatiques.
Avec plus de 30 000 kilomètres de côtes et d’innombrables lacs et fleuves, l’Afrique dispose de l’un des plus vastes potentiels halieutiques au monde. Selon la FAO, le continent produit environ 10 millions de tonnes de poissons par an, soit près de 7 % de la production mondiale.
Du Maroc au Mozambique, en passant par le Sénégal, le Ghana et l’Afrique du Sud, la pêche représente une activité économique de première importance. Dans plusieurs pays côtiers, elle assure jusqu’à 10 % du PIB et emploie plus de 12 millions de personnes, directement ou indirectement. La pêche artisanale, qui fournit la majorité du poisson consommé localement, reste le cœur battant du secteur. Sur les côtes atlantiques et le long du lac Victoria, des milliers de pirogues sortent chaque jour pour nourrir les marchés et les foyers africains.
Le poisson constitue la principale source de protéines animales pour des millions d’Africains.
En moyenne, il représente plus de 20 % des apports protéiques dans les pays côtiers. Au Ghana, en Sierra Leone ou au Sénégal, il est au centre de la gastronomie populaire. La filière halieutique est aussi un espace d’autonomisation pour les femmes, très présentes dans les activités de transformation, de séchage et de commercialisation du poisson.
Mais derrière cette richesse se cache une réalité préoccupante. La surexploitation des ressources et la pêche illégale non déclarée et non réglementée (INN) menacent l’équilibre des écosystèmes marins.
Selon les estimations de la Commission de l’Union africaine, le continent perd chaque année près de 2,3 milliards de dollars à cause de la pêche illégale, souvent pratiquée par des navires étrangers venus d’Europe et d’Asie.
Cette concurrence déloyale appauvrit les stocks de poissons et plonge les pêcheurs artisanaux dans une précarité croissante. Beaucoup se voient contraints de s’aventurer plus loin en mer, au péril de leur vie. Certains, désespérés, finissent par tenter la traversée vers l’Europe dans les mêmes pirogues qui servaient autrefois à nourrir leurs villages.
Face à cette situation alarmante, plusieurs pays africains ont entrepris des réformes. Le Maroc et la Mauritanie ont renforcé leurs dispositifs de surveillance maritime. Le Sénégal, de son côté, multiplie les accords de coopération pour lutter contre la pêche illégale et promouvoir l’aquaculture, une filière en plein essor.
L’Union africaine, à travers sa stratégie AIMS 2050, prône une gestion durable des ressources marines et la valorisation de « l’économie bleue ».
L’aquaculture, en particulier, apparaît comme une alternative prometteuse. L’Égypte, le Nigeria et le Ghana figurent déjà parmi les leaders africains de ce secteur, même si son développement reste freiné par le manque d’infrastructures et de financement dans de nombreux pays.
Le secteur de la pêche en Afrique se trouve à la croisée des chemins. Il peut devenir un levier de croissance durable et d’emploi, à condition de repenser son mode d’exploitation et de préserver les ressources naturelles.
L’avenir dépendra de la capacité des États africains à protéger leurs côtes, moderniser leurs flottes artisanales et soutenir les communautés locales.
La mer, longtemps considérée comme une manne inépuisable, rappelle aujourd’hui à l’Afrique que sa richesse bleue n’est pas infinie.
Moussa Ba, Dakar/Sénégal