(Guinée Eco) – Malgré des décennies de lutte, le paludisme demeure l’une des premières causes de mortalité en Afrique. Pourtant, les solutions existent. Entre prévention, innovation médicale et volonté politique, le continent détient les clés pour éradiquer cette maladie évitable.

Le paludisme demeure aujourd’hui l’une des maladies les plus meurtrières en Afrique, malgré les progrès scientifiques et les campagnes de lutte menées depuis plusieurs décennies. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le monde a enregistré environ 249 millions de cas de paludisme en 2022, dont près de 94 à 95 % en Afrique. La même année, la maladie a causé environ 608 000 décès, et plus de 96 % de ces morts sont survenues sur le continent africain. Les victimes sont majoritairement des enfants de moins de cinq ans, qui représentent à eux seuls près de 80 % des décès, ainsi que des femmes enceintes, particulièrement vulnérables aux formes graves.
Cette persistance du paludisme s’explique par une combinaison de facteurs structurels : climat favorable à la prolifération des moustiques, pauvreté, insuffisance des infrastructures sanitaires et accès inégal aux soins. Pourtant, le paludisme est une maladie évitable et curable. Son éradication en Afrique repose d’abord sur la prévention, qui reste le pilier central de la lutte. L’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action a permis, à elle seule, de réduire de manière significative la mortalité dans plusieurs pays. L’OMS estime que ces moustiquaires ont contribué à environ 40 % de la baisse des cas de paludisme depuis le début des années 2000. Toutefois, en Afrique subsaharienne, près de 30 à 35 % des ménages n’y ont toujours pas accès régulier, notamment dans les zones rurales et périurbaines.
Au-delà des moustiquaires, la lutte contre le paludisme passe par un meilleur assainissement de l’environnement. Les eaux stagnantes, les systèmes de drainage défaillants et l’urbanisation anarchique favorisent la prolifération des moustiques. Investir dans l’assainissement, l’amélioration de l’habitat et la gestion des déchets constitue donc une action sanitaire autant qu’un levier de développement. À cela s’ajoute l’importance de la sensibilisation communautaire, car sans changement durable des comportements, les outils de prévention perdent de leur efficacité.
L’accès rapide au diagnostic et au traitement est le deuxième pilier fondamental de l’éradication. Les tests de diagnostic rapide (TDR) permettent aujourd’hui de confirmer un cas de paludisme en moins de 15 minutes, tandis que les traitements combinés à base d’artémisinine offrent des taux de guérison supérieurs à 95 % lorsqu’ils sont administrés à temps. Cependant, selon les données de l’OMS, près d’un malade africain sur quatre n’a toujours pas accès à un diagnostic approprié, en raison de l’éloignement des structures de santé, du manque de médicaments ou de personnel qualifié. Renforcer les systèmes de santé locaux, former les agents communautaires et garantir la gratuité des soins pour les populations vulnérables restent donc des priorités absolues.

L’innovation scientifique représente un nouvel espoir dans la lutte contre le paludisme. Le déploiement progressif des vaccins antipaludiques, notamment le RTS,S et plus récemment le R21, marque une avancée historique. Les essais cliniques ont montré que ces vaccins peuvent réduire de 30 à 60 % les formes graves de la maladie chez les enfants. Bien qu’ils ne constituent pas encore une solution définitive, ils pourraient sauver des dizaines de milliers de vies chaque année s’ils sont intégrés aux stratégies nationales de santé. Parallèlement, la recherche africaine joue un rôle croissant dans la surveillance de la résistance du parasite aux médicaments et des moustiques aux insecticides, un défi majeur pour l’avenir.
Toutefois, aucune stratégie ne peut réussir sans une volonté politique forte et un financement durable. En 2022, les dépenses mondiales consacrées à la lutte contre le paludisme étaient estimées à environ 4,1 milliards de dollars, alors que les besoins réels dépassent 7,8 milliards de dollars par an, selon l’OMS. Ce déficit financier freine l’expansion des programmes de prévention et de traitement. Pour les États africains, lutter contre le paludisme n’est pas seulement une question de santé publique, mais aussi un enjeu économique : la maladie coûte chaque année des milliards de dollars en pertes de productivité, en absentéisme scolaire et en dépenses médicales.
Éradiquer le paludisme en Afrique est donc un objectif ambitieux mais réalisable. Certains pays du continent, comme le Maroc ou l’Algérie, ont déjà réussi à éliminer la maladie, prouvant que la victoire est possible avec des stratégies cohérentes et durables. Mettre fin au paludisme, c’est libérer l’Afrique d’un fardeau sanitaire historique, sauver des centaines de milliers de vies chaque année et offrir aux générations futures un environnement plus sain et plus prospère.
Moussa Ba, Dakar-Sénégal