Afrique de l’Ouest : 5 leçons clés d’une décennie d’investissements majeurs dans les forêts et le climat

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(Guinée Eco) – Du 8 au 10 juin 2026, Abidjan a vibré au rythme de l’atelier de clôture du Plan d’investissement régional du Programme d’investissement forestier (PIF) pour l’Afrique de l’Ouest. Organisé par la Banque africaine de développement (BAD), en partenariat avec les Fonds d’investissement climatique (FIC) et la Banque mondiale, cet événement majeur a permis de dresser le bilan de plus de dix ans d’efforts continus.

Avec un portefeuille global de 13 projets mobilisant 163 millions de dollars de financement du PIF et plus de 231 millions de dollars de cofinancement, le Burkina Faso, le Ghana et la Côte d’Ivoire tracent la voie d’une transition écologique réussie. Ce programme de grande envergure démontre qu’allier la restauration des paysages, la résilience climatique et l’amélioration des revenus ruraux est non seulement compatible, mais hautement stratégique pour l’économie régionale.

Voici les cinq points fondamentaux à retenir de cette décennie d’investissements.

1. Une dynamique régionale pour briser les frontières de la dégradation

Face à des défis environnementaux transfrontaliers, les pays d’Afrique de l’Ouest ont fait le choix de la synergie collective. L’atelier d’Abidjan a officiellement marqué la clôture des plans d’investissement du Burkina Faso et du Ghana, tout en capitalisant sur le déploiement en cours en Côte d’Ivoire. Comme l’a rappelé avec justesse Parfait Kouadio, directeur de cabinet au ministère de l’Environnement de la Côte d’Ivoire : « Si tu veux aller vite, marche seul, mais si tu veux aller loin, marchons ensemble. C’est grâce à une action collective […] que nous pourrons progresser ». Au total, les trois plans d’investissement combinés affichent un résultat carbone exceptionnel : plus de 27 millions de tonnes d’équivalent CO₂ réduites, évitées ou séquestrées.

2. Le Burkina Faso : Un modèle sahélien alliant reboisement et réduction de la pauvreté

Seul pays du Sahel participant au PIF, le Burkina Faso a magistralement prouvé que la restauration des forêts sèches pouvait transformer l’économie locale. Grâce à deux projets majeurs axés sur la gestion participative et la filière anacarde (totalisant plus de 23 millions de dollars), le pays a obtenu des résultats spectaculaires : 3 027 hectares reboisés et 94 013 hectares sécurisés sous gestion durable ; plus de 380 000 personnes ayant bénéficié d’une amélioration directe de leurs moyens de subsistance et plus de 6,5 millions de tonnes de CO₂ évitées.

La grande leçon burkinabè réside dans l’adoption d’incitations concrètes : en proposant des alternatives comme des fourneaux propres (adoptés par 4 282 ménages) et des chaînes de valeur durables, le projet a considérablement renforcé l’appropriation locale.

3. Le Ghana : Le pouvoir des réformes foncières et de la gestion menée par les communautés

Le Ghana s’est illustré comme le leader des solutions à l’échelle du paysage et des partenariats public-privé, notamment à travers l’agroforesterie climato-intelligente. La clé de son succès repose sur des réformes majeures : l’enregistrement des arbres et la révision des mécanismes de partage des bénéfices permettant de donner des droits clairs aux agriculteurs sur les ressources qu’ils protègent. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 42 652 hectares sous gestion durable et 12 768 hectares de réserves dégradées restaurées ; création de plus de 2 700 emplois verts et plus d’un million de tonnes d’équivalent CO₂ évitées.

Le modèle ghanéen démontre qu’aligner les gains économiques des populations dépendantes de la forêt avec la préservation de la nature est le meilleur gage de durabilité.

4. La Côte d’Ivoire : Dissocier croissance agricole et déforestation

En Côte d’Ivoire, les ressources du PIF ont servi de levier pour la mise en œuvre de la Politique nationale forestière de 2018 et l’application du Code forestier de 2019. L’innovation majeure réside dans l’intégration de l’action forestière au cœur de la filière du cacao, pilier majeur de l’économie nationale, favorisant une transition vers une production zéro-déforestation.

Avec un investissement de près de 55 millions de dollars dans le centre du pays, les résultats attendus sont ambitieux : plus de 44 000 bénéficiaires directs et une hausse projetée de 25 % des revenus ruraux et 7 millions de tonnes d’émissions de CO₂ évitées sur 25 ans.

Cette approche transversale porte déjà ses fruits, le pays ayant déjà obtenu un premier paiement pour réduction des émissions dans la zone sud-ouest.

5. L’égalité des genres : Le moteur indispensable du changement transformationnel

La durabilité écologique ne peut se faire sans justice sociale. Les investissements du PIF ont mis un point d’honneur à élargir les opportunités économiques pour les femmes. Au total, rien qu’en Côte d’Ivoire, plus de 22 000 femmes ont bénéficié d’un accompagnement ciblé. Camille Quénard, spécialiste du genre des FIC à la Banque africaine de développement, souligne que des solutions technologiques adaptées (réduction de la pénibilité de la main-d’œuvre), l’accès aux financements et l’usage des systèmes de paiement mobile sont essentiels pour renforcer le leadership des femmes dans l’économie forestière.

Cap sur l’après-PIF

Alors que l’Afrique de l’Ouest tire les enseignements de ce programme phare, l’enjeu crucial sera de pérenniser et d’intensifier ces modèles de réussite. La transformation rurale et la lutte contre le dérèglement climatique nécessiteront de maintenir les communautés, les femmes et les acteurs privés au centre des futurs investissements verts.

Bachir Sylla pour Guinee-eco.com

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