81e Assemblée générale de l’ONU : António Guterres livre son réquisitoire contre « la loi du plus fort » et appelle à redistribuer le pouvoir mondial

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(Guinée Eco) – À l’ouverture du débat général de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a prononcé un discours solennel marquant un tournant. Face aux représentants des États membres, le chef de l’Institution internationale a dressé un constat sans concession : les tensions géopolitiques s’aggravent, les inégalités économiques se creusent et la gouvernance globale demeure piégée dans des architectures dépassées. Dans une allocution dense, il a appelé à un rééquilibrage urgent des rapports de force à l’échelle internationale.

« Les fissures sont devenues des canyons »

Dès l’entame de son discours, António Guterres a alerté sur l’effritement des mécanismes de coopération multilatérale et le mépris croissant pour le droit international. « Les failles de notre monde s’élargissent. Les fissures sont devenues des canyons », a-t-il affirmé, citant le coût tragique supporté par les populations civiles dans les zones de conflit, de la bande de Gaza à l’Ukraine, en passant par le Soudan et le Myanmar.

Pour le Secrétaire général, le monde fait face à une reconfiguration majeure du pouvoir, marquée par l’émergence de nouveaux centres d’influence politiques et économiques, le transfert d’une influence considérable vers une poignée de géants technologiques privés, et la prise de décision déléguée de plus en plus à des algorithmes ou à des systèmes autonomes.

La réforme du Conseil de sécurité : l’injustice faite à l’Afrique dénoncée

Plaidant pour une multipolarité « en réseau » et évitant la « Grande Fracture » entre blocs rivaux, António Guterres a vivement critiqué l’inadaptation des institutions financières et sécuritaires issues de la Seconde Guerre mondiale.

Il a particulièrement insisté sur le déficit de représentation du continent africain au sein du Conseil de sécurité de l’ONU : « Lors de la fondation de l’ONU, la majeure partie de l’Afrique était encore sous domination coloniale. Aujourd’hui, l’Afrique ne dispose toujours pas de représentation permanente au sein du Conseil. Un Conseil de sécurité du XXIe siècle sans sièges africains permanents est injuste et indéfendable. Cela doit changer. »

Économie et climat : mettre fin au pillage des ressources des pays en développement

Abordant le volet des inégalités économiques et financières, le Secrétaire général a rappelé que l’accès aux financements de développement reste un obstacle majeur pour les pays du Sud, écrasés par des dettes insoutenables. Il a renouvelé son appel à une réforme en profondeur de l’architecture financière internationale pour garantir un allègement rapide de la dette et mobiliser des capitaux à des coûts abordables.

Sur le plan climatique, António Guterres s’est attaqué à la surconsommation des énergies fossiles et à l’exploitation déséquilibrée des ressources extractives : « Nous devons veiller à ce que l’exploitation des minéraux critiques n’aggrave pas les inégalités du passé. Les pays producteurs et les communautés affectées doivent conserver une part bien plus importante de la valeur créée à partir de leurs ressources. Finis les pillages. Finie l’exploitation. »

Il a réitéré le principe du « pollueur-payeur », demandant instamment aux pays développés d’honorer leurs engagements, notamment en triplant les financements alloués à l’adaptation climatique et en opérationnalisant pleinement le Fonds pour les pertes et dommages.

Réguler l’Intelligence Artificielle et interdire les armes autonomes

Le quatrième grand défi souligné lors de cette allocution concerne la souveraineté numérique et la régulation de l’intelligence artificielle. Soulignant que la puissance découle désormais de la donnée et des algorithmes, le chef de l’ONU a mis en garde contre une technologie exploitée sans responsabilité ni contrôle humain.

Fixant une ligne rouge aux États membres, António Guterres a appelé à interdire l’usage des armes autonomes militaires (« robots tueurs ») et à garantir que les décisions de vie ou de mort ne soient jamais transférées à des machines.

Un message clé pour l’avenir

En conclusion de ce discours marquant la fin progressive de son second mandat à la tête de l’Organisation, le Secrétaire général a rappelé que l’efficacité du multilatéralisme repose sur le respect strict de la Charte des Nations Unies, unissant paix, développement et droits humains. « Le plus grand pouvoir n’est pas celui de dominer. C’est le pouvoir de bâtir un avenir qui profite à tous », a-t-il conclu, invitant la communauté internationale à privilégier la force du droit sur la loi de la force.

Par la rédaction de Guinée Éco

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