(Guinée Eco) – La déforestation constitue aujourd’hui l’un des principaux problèmes environnementaux en Afrique de l’Ouest. Elle désigne la disparition des forêts sous l’effet de plusieurs activités humaines, notamment l’expansion agricole, l’exploitation du bois, la production de charbon de bois, les feux de brousse, les activités minières et le développement des infrastructures. Ce phénomène représente une menace importante pour la biodiversité, le climat et les conditions de vie des populations rurales, qui dépendent largement des ressources naturelles pour leur alimentation, leurs revenus et leurs besoins quotidiens.
Selon les données de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Afrique de l’Ouest comptait environ 84 millions d’hectares de forêts en 2020. Toutefois, entre 2010 et 2020, la région a perdu en moyenne 52 920 hectares de couvert forestier par an. À l’échelle du continent africain, la perte nette de superficie forestière a atteint environ 3,9 millions d’hectares par an durant la même période. Ces chiffres montrent l’ampleur de la pression exercée sur les écosystèmes forestiers et la nécessité de renforcer les mesures de protection de l’environnement.
La déforestation entraîne d’abord des conséquences importantes sur la biodiversité. Les forêts d’Afrique de l’Ouest abritent une grande diversité d’espèces animales et végétales, dont certaines sont rares ou menacées. Elles constituent des habitats indispensables à l’alimentation, à la reproduction et aux déplacements des animaux. Lorsque les arbres sont coupés et que les espaces forestiers sont transformés en terres agricoles ou en zones d’exploitation, de nombreuses espèces perdent leur habitat naturel.
Les primates, les oiseaux, les insectes pollinisateurs et plusieurs espèces végétales sont particulièrement concernés par cette dégradation. La fragmentation des forêts isole également les populations animales, limite leurs déplacements et réduit leurs possibilités de reproduction. Selon la FAO, environ 420 millions d’hectares de forêts ont été perdus dans le monde entre 1990 et 2020 à cause de la déforestation. Entre 2015 et 2020, le rythme mondial de déforestation était estimé à environ 10 millions d’hectares par an. Bien que ces chiffres concernent l’ensemble de la planète, ils permettent de comprendre l’ampleur de la menace qui pèse sur les écosystèmes forestiers, notamment en Afrique de l’Ouest.
La disparition des arbres perturbe également le fonctionnement des écosystèmes. Les insectes pollinisateurs contribuent à la reproduction de nombreuses plantes, tandis que les oiseaux et certains mammifères participent à la dispersion des graines. Lorsque ces espèces diminuent, la régénération naturelle des forêts devient plus difficile. La déforestation peut ainsi provoquer un déséquilibre écologique qui affecte progressivement l’ensemble de la chaîne alimentaire. Par ailleurs, elle accélère la dégradation des sols. Les racines des arbres stabilisent les terres et contribuent à limiter l’érosion provoquée par les pluies et le vent.
Lorsque la couverture végétale disparaît, les sols perdent plus facilement leur couche superficielle fertile, ce qui réduit leur capacité à soutenir la végétation et les cultures. Cette dégradation peut également entraîner une diminution de la rétention d’eau et une accumulation de sédiments dans les cours d’eau. Enfin, la déforestation contribue au changement climatique, car la destruction ou la combustion des arbres libère une partie du carbone stocké dans la végétation et les sols. La diminution des surfaces forestières réduit aussi la capacité des écosystèmes à absorber le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère.
Les conséquences de la déforestation touchent directement les populations rurales, dont les activités économiques reposent largement sur l’agriculture, l’élevage et l’exploitation des ressources forestières. Selon une publication de la FAO consacrée à l’Afrique de l’Ouest, les forêts contribuent directement ou indirectement aux moyens de subsistance d’environ 53 % de la population rurale de la région. Ce chiffre souligne leur importance dans la vie quotidienne des communautés, notamment pour l’alimentation, la collecte du bois, la médecine traditionnelle et la génération de revenus.
La disparition des forêts peut donc fragiliser les conditions de vie de millions de personnes. L’une des principales conséquences concerne la baisse de la productivité agricole. Les arbres contribuent au maintien de la fertilité des sols, à la protection contre l’érosion et à la régulation de l’humidité. Lorsque les forêts disparaissent, les terres sont davantage exposées au ruissellement et à la dégradation. La diminution de la fertilité peut alors entraîner une baisse des rendements agricoles et des revenus des producteurs. Certains agriculteurs sont ainsi contraints de rechercher de nouvelles terres cultivables, ce qui peut accentuer davantage la déforestation.
Une étude réalisée dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire et publiée en 2021 dans la revue scientifique Land met en évidence les liens entre les activités humaines et la dégradation des ressources naturelles. Parmi les ménages interrogés, 79,3 % considéraient la croissance démographique comme une cause importante de la déforestation, tandis que 47,7 % mentionnaient l’exploitation du bois.
En outre, 70,6 % des répondants associaient la dégradation des terres à la dégradation des sols et 54,3 % évoquaient la perte de ressources nécessaires à leurs moyens de subsistance parmi les conséquences des changements environnementaux. Ces résultats concernent une zone d’étude particulière et ne peuvent pas être généralisés à toute l’Afrique de l’Ouest. Ils montrent néanmoins que les pressions exercées sur les forêts peuvent avoir des répercussions directes sur les activités agricoles et les conditions de vie des communautés rurales.
La déforestation entraîne également une raréfaction des ressources utilisées quotidiennement par les populations. Les forêts fournissent du bois de chauffage, du charbon de bois, des fruits sauvages, du miel, des plantes médicinales et du fourrage pour les animaux. Lorsque ces ressources deviennent moins accessibles, les ménages doivent parcourir de plus grandes distances pour les collecter ou dépenser davantage pour les acheter.
Selon des données citées par la FAO en 2022, le bois-énergie représentait environ 85 % de la consommation énergétique totale des pays d’Afrique de l’Ouest. Cette forte dépendance contribue à la pression exercée sur les ressources ligneuses lorsque les prélèvements dépassent les capacités de régénération des forêts. La collecte du bois peut alors demander davantage de temps et réduire celui consacré aux activités agricoles, scolaires ou économiques. Les femmes et les enfants sont susceptibles d’être particulièrement affectés lorsque les tâches de collecte du bois et de l’eau deviennent plus longues et plus difficiles.
La dégradation des forêts peut également aggraver l’insécurité alimentaire et la pauvreté en milieu rural. Les produits forestiers complètent l’alimentation des ménages et constituent parfois une source importante de revenus pendant les périodes où les récoltes sont insuffisantes. La diminution des fruits sauvages, du miel, des plantes comestibles et d’autres produits naturels réduit la diversité alimentaire et les possibilités de revenus complémentaires. Cette situation rend les ménages plus vulnérables aux sécheresses, aux mauvaises récoltes et à la hausse des prix alimentaires.
Au Sénégal, la pression sur les ressources forestières illustre également l’ampleur de ces difficultés. Selon un document de la Banque mondiale, le pays aurait perdu environ 7 % de sa superficie forestière entre 2005 et 2020, tandis que les pertes forestières étaient estimées à près de 40 000 hectares par an. Ces estimations soulignent les défis auxquels le Sénégal doit faire face pour préserver ses ressources forestières et protéger les populations qui en dépendent. Toutefois, les chiffres relatifs à la superficie forestière peuvent varier selon les méthodes de mesure et les définitions retenues.
La déforestation peut aussi provoquer des tensions autour de l’accès aux terres, aux pâturages et aux ressources en eau. Lorsque les terres fertiles deviennent plus rares, les agriculteurs et les éleveurs peuvent entrer en concurrence pour leur utilisation. Ces tensions peuvent compliquer la coexistence entre les activités agricoles et pastorales, notamment dans les régions où les ressources naturelles sont limitées.
Dans certaines circonstances, la dégradation des moyens de subsistance contribue également aux migrations rurales vers les villes ou vers d’autres régions offrant davantage de possibilités économiques. Cependant, ces déplacements résultent généralement de plusieurs facteurs combinés, tels que la pauvreté, le manque d’emplois, l’insécurité, les difficultés agricoles et les changements climatiques.
Face à ces conséquences, la lutte contre la déforestation en Afrique de l’Ouest nécessite des mesures environnementales, économiques et sociales. Le reboisement et la restauration des forêts dégradées permettent de reconstituer progressivement les habitats naturels, de protéger les sols et de favoriser la régénération de la végétation. Ces actions doivent privilégier les espèces locales adaptées aux conditions écologiques de chaque région et être accompagnées d’un suivi permettant d’assurer la survie des arbres plantés.
Le développement de l’agroforesterie constitue également une solution importante. Cette pratique consiste à associer les arbres aux cultures agricoles ou à l’élevage afin de diversifier la production, de limiter l’érosion, d’améliorer la fertilité des sols et de renforcer les revenus des producteurs. L’adoption de techniques agricoles durables peut ainsi contribuer à répondre aux besoins alimentaires sans nécessiter systématiquement de nouveaux défrichements.
La réduction de la dépendance au bois-énergie représente une autre mesure essentielle. La promotion de foyers de cuisson économes en bois, le développement de sources d’énergie alternatives et une meilleure gestion des ressources forestières peuvent réduire la pression sur les forêts. Il est également nécessaire de renforcer la lutte contre l’exploitation illégale du bois, de contrôler les activités susceptibles de dégrader les écosystèmes et de sensibiliser les populations à l’importance de la conservation de la biodiversité.
La participation des communautés locales doit occuper une place centrale dans ces efforts. Les populations rurales possèdent des connaissances importantes sur les écosystèmes et dépendent directement de leur état. Leur implication dans la gestion des forêts, la reconnaissance de leurs droits fonciers et le partage équitable des bénéfices issus de la conservation peuvent favoriser une exploitation plus durable des ressources naturelles. Enfin, le développement d’activités génératrices de revenus, comme l’apiculture, la transformation des fruits sauvages et la commercialisation des produits forestiers non ligneux, peut offrir des alternatives économiques à l’exploitation excessive des forêts.
D’ailleurs, la déforestation en Afrique de l’Ouest constitue un problème majeur qui associe des enjeux environnementaux, économiques et sociaux. Les chiffres disponibles montrent que la région comptait environ 84 millions d’hectares de forêts en 2020 et qu’elle a perdu en moyenne 52 920 hectares de couvert forestier par an entre 2010 et 2020. Par ailleurs, les forêts contribuent directement ou indirectement aux moyens de subsistance d’environ 53 % de la population rurale ouest-africaine, ce qui souligne leur importance pour les communautés locales.
La destruction des forêts menace la biodiversité, accélère l’érosion des sols, contribue au changement climatique et fragilise les moyens de subsistance des populations rurales. Pour inverser cette tendance, il est indispensable de renforcer la protection des écosystèmes, de promouvoir des pratiques agricoles durables, de restaurer les terres dégradées et d’améliorer les conditions de vie des communautés. La préservation des forêts ouest-africaines représente ainsi une condition essentielle à la protection de la biodiversité, à la sécurité alimentaire et au développement durable de la région.
Moussa Ba, Dakar/Sénégal