(Guinée Eco) – Le vendredi 31 mai 2025, juste après la clôture des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, le ministre de l’Economie et des Finances a conféré avec des journalistes africains qui ont couvert ces assises à Abidjan. L’occasion pour M. Mourana Soumah, qui a conduit la délégation guinéenne à ce rendez-vous continental, d’en tirer le bilan et de répondre aux questions des journalistes sur l’actualité économique et financière de la Guinée.

D’entrée, il a indiqué que la vision de l’Etat guinéen c’est de transformer la Guinée et estime que depuis l’avènement des autorités actuelles, le visage du pays a totalement changé, en termes d’investissements dans des secteurs où la Guinée avait des déficits, notamment dans le domaine des infrastructures. « La Guinée a pu réaliser en deux ans et demi 1200 kilomètres de route. Cela est visible et vérifiable. Ce n’est pas de la parole en l’air. La Guinée a dans la tuyauterie près de 1500 kilomètres de route pour lesquelles nous avons signé les contrats de marché, qui vont permettre au pays de se doter et d’améliorer la connectivité entre les différentes régions », a-t-il assuré, avant d’expliquer que l’accès aux capitaux demande de préalables dont la notation des crédits et l’existence d’un fonds souverain qui sont prises en compte dans le Programme Simandou 2040. « C’est une fois la notation souveraine que les risques pays sont évalués à l’international », souligne le ministre Soumah.
De la raison du retrait de permis miniers
Interrogé sur les récentes décisions du gouvernement guinéen retirant plusieurs conventions et permis miniers à des sociétés, le ministre de l’Economie et des Finances a déclaré : « La gouvernance constitue le socle du programme du Président Mamadi Doumbouya », expliquant que cette gouvernance doit rimer avec la reddition des comptes et la bonne exécution des conventions. « Quand on signe des conventions avec l’Etat, on ne s’exécute pas. On dit par exemple qu’on veut construire une raffinerie ou on construit une raffinerie. Après plusieurs années, on voit qu’on n’a pas construit de raffinerie. Mais plutôt, on se met à exploiter les ressources minières. C’est totalement inconcevable! Et pour un président comme le Général Mamadi Doumbouya, qui est un patriote, il ne peut pas se permettre d’accepter de tels agissements. Il prendra la décision qui s’impose pour ramener les uns et les autres à se conformer aux exigences conventionnelles », tranche-t-il. Pour lui, c’est à travers la construction de raffineries en Afrique en général, et en Guinée en particulier, qu’on peut créer un hub d’industries et espérer avoir une valeur ajoutée plus grande. « Si on ne construit pas de raffineries, on devient un exportateur de produits et cela ne va changer aucunement la vie de nos compatriotes, parce qu’il n’y aura pas de travail, pas d’emplois créés, parce que ce sont des revenus de royalties qu’on encaisse juste, il n’y aura pas de sous-traitance à l’intérieur », déplore-t-il.

Sortir de dépendance du secteur minier
Evoquant les différents axes du Programme Simandou 2040 en chantier, le Ministre Mourana Soumah a rappelé la nécessité d’avoir une chaine de valeurs dans le domaine agricole, de la production jusqu’à la transformation, surtout au regard des potentialités dont dispose le pays et qui sont favorables au développement des activités agricoles exportatrices et qui permettent aux Guinéens d’avoir un niveau de consommation moins dépendant de l’étranger. « L’idée pour nous c’est d’investir beaucoup dans les interactions en terme de pistes rurales, en termes d’infrastructures de connexion et en termes d’accès aux centres de commercialisation. C’est ça l’objectif de diversification économique vers laquelle le Général Mamadi Doumbouya nous envoie. Mais pour cela, il faudra un programme structurant sur les 15 ans », a fait valoir M. Soumah. Le ministre de Finances affirme par ailleurs que c’est la première fois qu’on arrive à flécher près de 20% des revenus aussi important que le projet Simandou va donner à la Guinée pour mettre en place Simandou Académie. « Les ressources minières vont finir. Mais ressources humaines sont les premières matières. Et la BAD l’a confirmé au cours de ces assemblées. Comment tirer profit du capital ? Et quand on dit capital ici c’est le capital humain. C’est le plus important. Si les jeunes ne sont pas formés, le pays sera totalement dépendant de la main d’œuvre étrangère », parie le ministre de l’Economie et des Finances.

De la situation macro-économique actuelle de la Guinée
Selon le Ministre Mourana Soumah, le cadre macroéconomique de la Guinée est sain. « Quelqu’un disait, nous avons 43% de taux d’endettement ; c’est l’un des plus maitrisé en Afrique. Nous avions un déficit de 87% en 2024, mais un déficit tiré par les investissements. C’est très important. Ce n’est pas tiré par les consommations simples. Il y a la création d’un écosystème routier, d’un écosystème de franchissement pour permettre aux différentes régions d’être en connexion et de commercer facilement », fait remarquer le ministre, qui révèle par ailleurs que la Guinée a réalisé une croissance de 6.1 en 2024. Celle projetée en 2025 est de 7.1 et celle de 2026 est projetée à 10 (donc de deux chiffres), selon les sources du FMI et l’Etat guinéen, rapportées par le ministre des Finances. Il affirme également la Guinée a un déficit budgétaire contenu dans les limites raisonnables, l’un des plus maitrisés en Afrique. « C’est la Guinée seule qui répond aux critères de la ZMAO. Nous avons un déficit budgétaire contenu mais tiré par les investissements, un niveau d’endettement bas, une inflation maitrisée à 3% (rare en Afrique), un niveau d’appréciation du Franc guinéen qui permet une réduction du taux de change »
Le rêve d’une Guinée nouvelle
Face aux journalistes africaines, le ministre Mourana Soumah a émis le vœu que la Guinée soit une destination touristique, une destination économique, une destination financière, que la Guinée soit une destination où il y aura des viviers de jeunes ingénieurs à travers le Programme Simandou Académie et que ce soit un rêve qui se réalise.
De retour d’Abidjan, Bachir Sylla pour Guinee-eco.com