Ismaël Nabé, ministre du Plan et de la Coopération internationale : « Nous souhaitons accélérer la coopération entre la Guinée et la BAD»
(Guinée Eco)-En marge des Assemblées annuelles 2025 de la Banque africaine de développement (BAD), le Ministre du Plan et de la Coopération internationale s’est prêté aux questions d’un journaliste de Guinee-eco.com qui a couvert cet évènement. Dans cette interview exclusive qu’il nous accordée le jeudi 29 mai 2025, à Abidjan, M. Ismaël Nabé revient sur sa participation à ces assemblées, exprime ses attentes par rapport au nouveau président de la BAD et évoque l’ambitieux Programme Simandou 2040 et ses principaux catalyseurs. Il s’est également prononcé sur le travail de l’Institut national de la statistique (INS) dans la production et le traitement de données en Guinée. Entretien.

Guinee-eco.com : Monsieur le Ministre, vous participez aux Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement qui vient d’élire son nouveau président en la personne du Mauritanien Sidi Ould Tah…
Ismaël Nabé : Nous sommes venus représenter notre cher pays de la Guinée aux assemblées annuelles de la Banque africaine le mouvement, notre banque. C’était depuis lundi passé. Il y a eu des réunions pour parler de cette banque et aussi remercier le président sortant, notre frère Nigérian qui a fait 10 ans à la tête de cette institution avec des résultats remarquables. Au-delà de ça, nous avons aussi fait le débat par rapport au Fonds africain de développement qui est essentiel pour la Guinée. Il fait des financements en Guinée. Mais vous le savez très bien, avec la situation géopolitique du monde, il y a eu un changement. Nos amis Américains sont en train de voir, évaluer ce fonds. Et cela demande une participation active importante et que la Guinée, qui est membre fondateur de cette institution soit là. Aujourd’hui, vous venez le dire, on vient de finir l’élection du nouveau président, le frère Sidi qui était jusqu’à un certain nombre d’années le président de la BADEA. Aujourd’hui, il a été élu avec un suffrage confortable. On lui souhaite, au nom de la Guinée, bonne chance. Et nous souhaitons accélérer la coopération qui existe entre la Guinée et la BAD sous son magistère pour vraiment faire des projets de développement, comme la banque l’a fait dans beaucoup de pays. Vous avez vu, lorsqu’on a vu les vidéos il y a eu beaucoup de projets de développement…
Justement on n’a mentionné nulle part le nom de la Guinée dans ces vidéos auxquelles vous faites allusion. Est-ce que cela veut dire que la présence de la BAD dans notre pays n’est pas aussi importante ?
C’est important. Vous savez, la BAD est un partenaire stratégique qui a, à peu près, un portefeuille de 600 millions de dollars américains, avec un taux de décaissement avoisinant les 40 %. Il y a eu des projets considérables. Il y a l’accompagnement du secteur privé. Il y a aussi des projets publics, que ça soit les barrages mais aussi beaucoup de projets. On ne peut pas prendre tous les pays. Notre objectif principal avec le nouveau président, c’est de voir comment on peut accélérer. De 600 millions, nous voulons aller jusqu’à 2 milliards ou 3 milliards. C’est le bon moment pour la Guinée, parce que nous sommes en train de finaliser le programme de développement socio-économique durable, responsable Simandou 2040. C’est un programme de développement pour les 15 prochaines années, nous avons des projets bancables, nous avons des projets concrets, nous avons des réformes. Donc ça vient à vient à point nommé. Nous allons présenter ce nouveau programme au nouveau président de la BAD.
On pensait que vous alliez profiter de ces assemblées pour mieux vendre le Programme Simandou 2040 que beaucoup confondent au projet minier sur le Simandou. C’est l’occasion de lever l’équivoque.
Comme je l’ai dit, le programme est en élaboration. Donc chaque fois qu’on a l’occasion on présente à nos partenaires. Encore une fois, Simandou 2040 est un programme de développement socio-économique, durable et responsable. Le programme est basé sur 5 piliers : le premier pilier c’est l’agro-industrie et le commerce, le deuxième c’est l’éducation et la culture, le troisième pilier c’est les infrastructures, le transport et la technologie, le quatrième pilier, c’est les finances, l’économie, l’assurance et le cinquième pilier c’est la santé et le bien-être. Ce programme a des catalyseurs. Le premier catalyseur du programme Simandou, c’est le projet Simandou. Le deuxième catalyseur du programme c’est la notation souveraine, qu’on est en train de faire pour la notation de la dette publique guinéenne. Le troisième catalyseur c’est la création de fonds souverain. Nous sommes vraiment bien avancés par rapport à cela. Le quatrième catalyseur c’est la jeunesse, mais aussi l’administration guinéenne…c’est un programme qui est fait par les Guinéens pour les Guinéens, mais on se fait accompagner par les grands cabinets internationaux comme KPMG pour le programme, Rothscild pour la notation souveraine, mais aussi Southbridge pour le fonds souverain. Il faut retenir qu’au jour d’aujourd’hui le programme est vraiment en phase d’être finalisé et stabilisé. Nous avons aujourd’hui une centaine de projets, une quarantaine de reformes avec un budget qui va aller de 200 à 300 milliards de dollars. Lorsque le programme sera finalisé, il sera remis au chef de l’Etat solennellement sera revenu au chef de l’État. A partir de là on va prendre le programme pour aller faire le tour du monde pour faire le … Aujourd’hui j’étais sur certains médias pour parler du programme. Demain je serai sur un panel pour parler également de ce programme. On était récemment à Alger avec les assemblées annuelles de la Banque islamique de développement. On en a parlé également. Il faut retenir que Simandou 2040 est un programme de développement. Comme l’a dit le président de la République, nous voulons utiliser les mines pour faire développer notre pays comme les pays du Golfe l’ont fait.

Vous avez participé à plusieurs panels au cours de ces assemblées annuelles de la BAD, ici à Abidjan. De quoi il était question ?
C’était des panels autour de la question de savoir comment utiliser et diversifier notre économie, comment reconstituer le fonds de la BAD, mais aussi parler de la Guinée ? Tout cela est extrêmement important. La situation économique de la Guinée, tout est au vert…
La BAD vient de publier son rapport phare sur les Perspectives économiques en Afrique. Quelle est la place de la Guinée dans ce document ?
Avant même que la BAD ne publie son rapport, il y a le FMI qui a publié un rapport favorable à la Guinée le lorsqu’on était aux Réunions de printemps du Fonds monétaire et la Banque mondiale. Et d’ailleurs, bien avant que le FMI ne publie, notre Institut national de la statistique a fait un travail remarquable. En Guinée, pour la première fois, on vient de finir le rebasage. Nous espérons que dans un mois, avec nos partenaires de la Banque mondiale et du FMI nous allons annoncer en Guinée solennellement le résultat du rebasage, mais aussi les comptes nationaux. Ce travail est quasi fini. Ce qui a permis la baisse de l’inflation de 7% à 3 %, c’est parce que l’inflation était calculée seulement pour Conakry. Désormais on fait des calculs sur toute l’étendue du territoire national. Au-delà de l’inflation nous avons la dette qui est moins de 40%. Et la croissance que nous on a estimée au ministère de Plan à travers la Direction nationale du Plan, à peu près, entre 4 et 5 %, le FMI a projeté 7%. En 2026 la projection du deux chiffres. On a eu des travaux avec le FMI. Donc c’est une croissante qui est positive. Comme je l’ai dit tantôt, certains de ces résultats seront présentés très prochainement à Conakry.
Vous parlez de l’institut national de la statistique qui est sous la tutelle du ministère du Plan que vous dirigez. Mais en Guinée, la production de données statistiques fiables pose problème. Que faites-vous pour relever ce défi ?
Aujourd’hui notre institut national de la statistique est l’un des meilleurs en Afrique On est accompagné par Afristat. En Guinée, chaque ministère avait son propre institut de statistiques qui produit des données. Désormais, le chef de gouvernement, monsieur Amadou Oury Bah, a dit à tous les ministères que les données doivent être produites au niveau de l’Institut national des statistiques, qui a des instruments, des accompagnements des partenaires.
Est-ce qu’il est autonome, financièrement ?
Il est financièrement autonome. C’est un EPA sous la tutelle du ministère. Il relève directement de moi-même en tant que ministre. Comme je le disais, le rebasage n’a jamais été fait dans notre pays, les comptes nationaux n’ont pas été fait depuis plus de 40 ans. Cela représente un résultat phare de l’INS. Qu’est-ce que nous faisons aujourd’hui ? Nous sommes avec le ministre de tourisme qui a demandé pour savoir combien de touristes rentrent en Guinée. Ils sont en train de faire ce travail par rapport aux infrastructures. Le travail est quasi fini. Avec les écoles, le ministre de l’éducation aussi nous a demandé combien d’élèves sont dans les classes en Guinée. Et vous savez, le travail phare qui est en phase de finalisation, c’est le recensement général de la population et de l’habitat (RGPH4).
Où en sommes-nous avec ce recensement ?
D’abord la cartographie sanitaire est finie. Nous savons aujourd’hui, vous votre logement. Combien de personnes vivent dans votre famille. Cette cartographie est finie. Nous sommes en train d’attendre parce que ça a coïncidé au RAVEC (Recensement administratif à vocation d’état civil). On a entendu parce qu’il y a eu un glissement. Donc on a demandé d’attendre. Vers le 20 juin 2025, le RAVEC va être fini. A partir de cette date va commencer le dénombrement proprement dit. Mais nous avons les données parce que la base de recensement de la population et de la population c’est la cartographie sansitaire. Cela est fini à 100%. L’autre, on a seulement besoin d’un mois pour confronter ce qui a été cartographié et ce qui est la réalité sur le terrain. Donc à partir de 20 ou 25 juin on va commencer le travail. On a un mois pour finaliser pour avoir la population de la Guinée, les gens qui vivent sur le territoire guinéen : les Guinéens et les non-Guinéens. Normalement, le recensement se fait chaque10 ans dans tous les pays. C’est un recensement pour le développement de notre pays. Désormais on aura des districts qui ont augmenté en nombre de population qui peuvent être des sous-préfectures, des sous-préfectures qui peuvent-être des préfectures ou des préfectures qui peuvent être des régions. Au-delà de cela, on sait combien de dispensaires vont être construits, combien de routes vont être faites ? Combien de lignes électriques ? Combien de barrages électriques ? Au-delà de ça, la population de la Guinée qui a été estimée à 10 millions, on donne un quota pour le pèlerinage à chaque pays en fonction de la taille de sa population. Nous espérons que la population va augmenter de 15 à 16 millions.
On vous plusieurs fois entendu avancer le chiffre de 17 millions d’habitants. Sur quelle base vous avez obtenu ce chiffre ?
C’est sur la base de la cartographie sansitaire. Je vous ai parlé de 16,5 à 17 millions. Il y une évolution. Espérons que nous aurons les chiffres exacts dans un mois ou dans deux mois, après le travail, proprement dit du dénombrement et de la cartographie sansitaire. Je rappelle encore que notre institut national de la statistique qui est accompagné par Afristat, qui accompagne par le FMI. Le bureau de statistiques du FMI accompagne l’INS qui a été félicité lors de notre mission à Washington pour le travail remarquable qu’il est en train de faire. Donc c’est une fierté nationale…

En plus de la planification, vous êtes également en charge de la coopération internationale. Comment se porte actuellement la coopération entre la Guinée et ses principaux partenaires étrangers ?
La coopération internationale se porte très bien. Vous savez, le chef de l’Etat c’est le premier coopérant, c’est le commandant en chef de la coopération internationale. Son message passé à la tribune des Nations Unies où il a affirmé que la Guinée n’est ni « pro » ni « anti » qui que ce soit résonne un peu partout dans le monde entier. Et Cela me facilite la tâche en tant que ministre du plan et de la coopération internationale. La coopération est en marche aujourd’hui. En une année, vous avez les chiffres que vos collègues vous ont remis, la Guinée est aujourd’hui avec le Moyen-Orient. Même en marge de ces assemblées on a signé un accord de partenaire de coopération entre la Guinée et Eximbank de l’Arabie saoudite pour aider, pour donner les lignes de crédit aux banques guinéennes mais aussi au secteur privé. Au-delà de cela, on était à Alger. On a eu aussi un accord de finale avec la banque islamique de développement mais aussi les agences de la banque islamique, comme ITFC pour supporter le secteur privé mais aussi les projets de route et le projet de centrale solaire de Kankan ont été finalisés. Outre le monde arabe, on a des partenaires aussi des partenaires en Europe et ailleurs dans le monde.
Propos recueillis par Bachir Sylla pour Guinee-eco.com