Afrique : relever le défi stratégique de la sécurité alimentaire (Par Moussa Ba)

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(Guinée Eco) – L’Afrique fait aujourd’hui face à l’un de ses plus grands défis stratégiques : assurer sa sécurité alimentaire dans un contexte marqué par une forte croissance démographique, une vulnérabilité extrême au changement climatique et une dépendance persistante aux importations. Alors que le continent compte déjà 1,4 milliard d’habitants et pourrait atteindre 2,5 milliards en 2050, la question de nourrir durablement cette population devient un enjeu vital pour la stabilité économique et sociale.

Chaque année, l’Afrique importe entre 50 et 60 milliards de dollars de denrées alimentaires, un niveau de dépendance qui fragilise sérieusement sa souveraineté. Les crises internationales, comme la guerre en Ukraine, ont révélé à quel point les économies africaines restent sensibles aux fluctuations des prix mondiaux et aux perturbations logistiques. Cette vulnérabilité se combine à la faiblesse structurelle des systèmes agricoles africains. Malgré le fait que l’agriculture représente près de 20 % du PIB et emploie plus de 60 % de la population active, les rendements demeurent faibles, en raison d’un manque de mécanisation, d’un accès limité aux engrais et aux semences améliorées, et d’infrastructures insuffisantes pour le stockage et le transport.

Le changement climatique amplifie ces difficultés. Bien que responsable de moins de 4 % des émissions mondiales, l’Afrique est la région la plus exposée aux sécheresses prolongées, aux inondations récurrentes et à l’apparition de parasites dévastateurs comme la chenille légionnaire. Ces phénomènes entraînent des pertes de récoltes et menacent les moyens de subsistance de millions d’agriculteurs. Entre 2020 et 2023, plus de 150 millions de personnes ont ainsi été confrontées à une insécurité alimentaire sévère.

Dans le même temps, la démographie du continent exerce une pression croissante. Avec 2,5 milliards d’habitants prévus en 2050 et une urbanisation rapide qui transforme les modes de consommation, l’Afrique devra pratiquement doubler sa production alimentaire d’ici trente ans. La situation exige donc des réponses ambitieuses.

Face à ces défis, plusieurs initiatives continentales et nationales émergent. Le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine encourage les États à consacrer 10 % de leurs budgets à l’agriculture, tandis que la Banque africaine de développement porte le projet « Feed Africa » doté de 24 milliards de dollars pour stimuler la productivité et réduire la dépendance alimentaire. La mise en place de la Zone de libre-échange continentale africaine, qui facilite la circulation des biens et l’intégration des marchés, ouvre également de nouvelles perspectives pour les chaînes de valeur agricoles.

Par ailleurs, les innovations technologiques transforment progressivement les pratiques agricoles. L’irrigation solaire, l’agriculture de précision, l’usage de drones ou les plateformes numériques facilitant l’accès aux intrants et aux marchés constituent des solutions prometteuses, déjà adoptées au Sénégal, au Kenya, au Nigeria ou encore au Maroc. Elles témoignent du potentiel du continent à moderniser son agriculture et à renforcer la résilience des exploitations familiales, qui représentent près de 80 % des producteurs.

Pour bâtir une véritable souveraineté alimentaire, les États doivent multiplier les investissements dans les infrastructures rurales, sécuriser l’accès à la terre, soutenir la transformation locale et encourager l’implication du secteur privé. L’Afrique ne manque pas d’atouts : elle dispose de 65 % des terres arables non exploitées de la planète, d’une jeunesse nombreuse et d’un marché continental en pleine expansion. Si ces ressources sont pleinement valorisées, le continent pourrait non seulement nourrir sa population, mais aussi devenir un acteur majeur dans le commerce agricole mondial.

Ainsi, loin d’être une fatalité, les défis alimentaires africains constituent une opportunité unique pour accélérer la transformation économique du continent. Entre volonté politique, innovation et investissement structurel, l’Afrique possède les moyens de construire son avenir alimentaire sur des bases solides, durables et souveraines.

Moussa Ba, Dakar/Sénégal

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