(Guinée Eco) Souvent éclipsée par les grandes cultures de rente, l’horticulture s’impose pourtant comme l’un des secteurs agricoles les plus dynamiques d’Afrique. Fruits, légumes et plantes horticoles nourrissent les villes, créent des millions d’emplois et génèrent plusieurs milliards de dollars, aussi bien pour les marchés locaux que pour l’exportation.

L’horticulture africaine connaît depuis une quinzaine d’années une croissance soutenue. Selon les estimations des organisations agricoles internationales, le continent produit plus de 180 millions de tonnes de fruits et légumes par an, soit environ 10 % de la production mondiale. Cette dynamique est portée par une population africaine de plus de 1,4 milliard d’habitants, une urbanisation rapide et une demande croissante en aliments frais.
Dans les marchés urbains, tomates, oignons, choux, mangues ou bananes dominent les étals. À eux seuls, les légumes représentent près de 60 % de la production horticole africaine, avec des cultures phares comme la tomate, dont la production dépasse 30 millions de tonnes par an sur le continent.
Sur le plan économique, l’horticulture est devenue un véritable levier de croissance. Le secteur génère plus de 20 milliards de dollars de revenus par an, en incluant la production, la commercialisation et l’exportation. Les exportations horticoles africaines sont estimées à plus de 7 milliards de dollars, dominées par les fruits frais, les légumes et les fleurs coupées.
Des pays comme le Kenya tirent près de 1,5 milliard de dollars par an de leurs exportations horticoles, notamment grâce aux fleurs et aux légumes destinés au marché européen. Le Maroc et l’Égypte figurent parmi les premiers exportateurs africains de fruits et légumes, tandis que l’Afrique du Sud demeure un acteur majeur sur les marchés internationaux.
L’horticulture est l’un des sous-secteurs agricoles les plus intensifs en main-d’œuvre. À l’échelle du continent, elle fait vivre directement ou indirectement plus de 60 millions de personnes, dont une forte proportion de femmes et de jeunes. Dans certaines zones périurbaines, le maraîchage représente jusqu’à 70 % des activités agricoles locales.
Grâce à des cycles de production courts, l’horticulture permet de générer des revenus réguliers. Pour de nombreux petits producteurs, elle constitue la principale source de subsistance et un rempart contre la pauvreté rurale.
Au plan nutritionnel, l’horticulture joue un rôle déterminant. Pourtant, en Afrique, la consommation moyenne de fruits et légumes reste inférieure à 200 grammes par personne et par jour, loin des 400 grammes recommandés par l’Organisation mondiale de la santé. Le développement de la production locale est donc essentiel pour combler ce déficit et lutter contre les carences en vitamines et minéraux.
Les périmètres maraîchers proches des villes permettent de réduire les coûts de transport et les pertes post-récolte, qui atteignent encore 30 à 40 % dans certaines régions faute d’infrastructures de conservation et de transformation.
Face au changement climatique, le secteur s’adapte. L’irrigation concerne aujourd’hui moins de 7 % des terres agricoles africaines, mais elle est largement concentrée dans les zones horticoles. L’adoption de systèmes d’irrigation goutte-à-goutte permet d’économiser jusqu’à 50 % d’eau tout en augmentant les rendements.
Parallèlement, l’horticulture biologique progresse, tirée par une demande internationale croissante. Le marché mondial des fruits et légumes biologiques représente plus de 60 milliards de dollars, une opportunité que l’Afrique commence progressivement à saisir.
Malgré son potentiel, l’horticulture africaine reste freinée par l’accès limité au financement, la faiblesse des infrastructures de stockage et de transformation, ainsi que les exigences sanitaires strictes des marchés d’exportation. À cela s’ajoutent la pression foncière, la dégradation des sols et la variabilité climatique.
Pour les experts, des investissements ciblés dans l’irrigation, la formation des producteurs et la structuration des filières pourraient permettre au secteur de doubler sa valeur économique d’ici 2035.
Discrète mais stratégique, l’horticulture s’affirme comme l’un des piliers de la transformation agricole africaine. À la croisée des enjeux alimentaires, économiques et sociaux, elle offre au continent une opportunité concrète de créer des emplois, de renforcer la sécurité alimentaire et de s’imposer sur les marchés mondiaux.
Moussa Ba, Dakar/Sénégal