Politique Générale du Gouvernement : ce qu’il faut retenir du volet économique de la Déclaration du Premier Ministre Bah Oury
(Guinée Eco) – Devant le Conseil National de la Transition (CNT), le Chef du Gouvernement, Amadou Oury Bah, a exposé sa Déclaration de Politique Générale (DPG). Entre bilan chiffré de la transition et projections vertigineuses à l’horizon 2040, l’économie guinéenne se prépare à un changement d’échelle sans précédent. Voici ce qu’il faut retenir du volet économique de la Déclaration
Un bilan de transition marqué par une envolée des recettes
Avant de projeter l’avenir, le Premier ministre a tenu à souligner la consolidation des bases financières de l’État. Le chiffre le plus marquant est sans doute celui des recettes publiques : elles sont passées de 19 859 milliards GNF en 2020 à 45 000 milliards GNF en 2025, soit une progression fulgurante de 139 %.
Cette performance repose, selon le chef du gouvernement, sur trois leviers : la digitalisation des régies financières ; la mise en place du Fichier Unique (FAGUES), ayant généré 246 milliards GNF d’économies ; le rebasage du PIB, qui a révélé une économie 51,2 % plus riche qu’estimée, avec une valeur réévaluée à plus de 36 milliards de dollars.
« Simandou 2040 » : Le moteur d’une croissance à deux chiffres
Le cœur de la stratégie gouvernementale repose sur la Loi Plan Simandou 2040. Les ambitions affichées par Bah Oury pour les quinze prochaines années sont massives : une croissance annuelle moyenne de 10,3 % ; un PIB projeté à 152 milliards de dollars en 2040 (contre 35 milliards aujourd’hui) ; des investissements à hauteur 330 milliards de dollars, dont 75 milliards pour la première phase (2026-2030) et quelque 5 millions d’emplois attendus.
La nouvelle architecture financière et industrielle
Le Premier ministre a insisté sur une répartition équilibrée du financement de cette ambition. L’État ne sera pas seul : 38 % proviendront du secteur privé et 19 % du Fonds Souverain, tandis que le budget national couvrira 32 %.
Pour soutenir ce développement, le gouvernement prévoit une restructuration majeure de l’appareil d’État, notamment la fusion des ministères de l’Économie, des Finances et du Budget afin de garantir une meilleure « discipline et rigueur » dans l’exécution budgétaire.
Diversification : Au-delà des mines
Bien que le secteur minier soit le catalyseur, le Premier Ministre décline des investissements lourds dans les secteurs porteurs de croissance inclusive :
Dans le domaine de l’agriculture, un investissement de 65 milliards de dollars Us est projeté, avec un objectif affiché de modernisation de la filière fonio (dont la Guinée est 1er producteur mondial) et aménagement de 10 000 km de pistes rurales d’ici 2030.
Pas moins de 100 milliards de dollars à investir dans le domaine des infrastructures, devraient permettre la construction de 2 900 km d’autoroutes et 2 500 km de voies ferrées à travers le pays.
Le secteur énergétique devrait enregistrer une accélération vers le solaire pour réduire la dépendance aux importations d’hydrocarbures et maîtriser les coûts de production industrielle.
Le défi du contenu local et du capital humain
Bah Oury a rappelé que « la richesse minérale n’a de sens que si elle se transforme en intelligence ». À cet effet, 20 % des recettes de la Compagnie du TransGuinéen (CTG) et 5 % des revenus miniers seront désormais sanctuarisés pour le secteur de l’éducation.
L’accent sera mis sur le Contenu Local pour s’assurer que les PME guinéennes ne soient pas les spectatrices de cette croissance, mais bien des acteurs intégrés aux chaînes de valeur mondiales.
Avec cette Déclaration de politique générale, le gouvernement Bah Oury passe d’une phase de stabilisation à une phase de « consolidation stratégique ». Si les chiffres font rêver, le défi restera celui de l’absorption des investissements et de la capacité de l’administration à piloter 122 mégaprojets simultanément. La Ve République sera, de toute évidence, économique ou ne sera pas.
Focus de Guinée Eco