(Guinée Eco) – À l’issue de la 24ᵉ Assemblée Générale Ordinaire de la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC), la République de Guinée a été portée à la Présidence du Conseil des Gouverneurs. Derrière cette nomination de S.E.M. Ismaël Nabé, Ministre du Plan et de la Coopération Internationale, se dessine une nouvelle ère d’influence pour Conakry sur l’échiquier financier ouest-africain.
C’est un signal fort envoyé à la communauté financière internationale. Pour les douze prochains mois, la Guinée présidera les destinées de la BIDC, le bras armé du financement de la CEDEAO. Cette accession à la tête de l’institution n’est pas un simple jeu de chaises musicales diplomatiques ; elle marque la reconnaissance d’un pays qui a su transformer son narratif économique.
Pourquoi la Guinée ? Les critères d’un choix stratégique
Le choix de la Guinée repose sur une convergence de facteurs qui ont renforcé sa crédibilité auprès de ses pairs régionaux :
Sous l’impulsion du Président Mamadi Doumbouya, la Guinée a quitté le statut de pays « à potentiel » pour celui de pays « en trajectoire ». Le programme Simandou 2040 a agi comme une vitrine, démontrant la capacité de l’État à porter des projets d’envergure mondiale tout en planifiant une transformation industrielle sur le long terme.
La volonté affichée de passer d’une économie purement extractive à une économie diversifiée et industrialisée a rassuré les gouverneurs de la BIDC.

La nomination de S.E.M. Ismaël Nabé incarne une volonté de cohérence. Sa maîtrise des dossiers de coopération internationale et sa vision d’un passage du « modèle d’aide » au « modèle d’investissement » ont pesé dans la balance pour rassurer les partenaires multilatéraux.
Ce qu’il faut attendre de cette présidence dans le contexte actuel
Dans un environnement économique mondial marqué par la raréfaction des capitaux et l’inflation, la présidence guinéenne s’est fixé des objectifs de rupture.
Le Ministre Ismaël Nabé l’a martelé : l’ambition est de « repenser le rôle des banques régionales ». La Guinée devrait pousser pour l’adoption de modèles financiers innovants, notamment le blended finance (finance mixte), pour attirer davantage de fonds privés vers les infrastructures publiques.
L’accélération des projets structurants Sous l’égide guinéenne, la BIDC est attendue sur le terrain de l’intégration. Il s’agira de transformer l’Afrique de l’Ouest en un espace d’investissements intégrés. Concrètement, cela signifie un soutien accru aux projets transfrontaliers dans l’énergie et l’agriculture, secteurs vitaux pour la souveraineté régionale.
Un rôle de « Pays-Plateforme » La Guinée entend profiter de cette année pour se positionner comme le trait d’union entre les flux financiers internationaux et les besoins locaux. L’enjeu est de prouver que les États ouest-africains ne sont plus de simples bénéficiaires, mais les architectes de leur propre développement.
Enjeu de souveraineté
En prenant les rênes de la BIDC, la Guinée s’installe au cœur des arbitrages financiers de la zone. Pour Conakry, c’est l’occasion de démontrer que les ressources naturelles du pays ne sont plus seulement des produits d’exportation, mais des catalyseurs pour financer la transformation régionale.
Les douze prochains mois feront office de test de grandeur nature. Mais une chose est sûre : en devenant le « moteur » financier de la région, la Guinée confirme son ambition de devenir le pôle stratégique incontournable de l’Afrique de l’Ouest.
Bachir Sylla pour Guinee-eco.com