La Grande Muraille verte : où en est-elle en 2026 ?

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(Guinée Eco) – Lancée en 2007 par l’Union africaine, la Grande Muraille verte est l’un des projets environnementaux les plus ambitieux du continent africain. À l’origine, l’objectif était de créer une immense bande végétale traversant le Sahel, du Sénégal à Djibouti, afin de lutter contre la désertification et la dégradation des terres. Le projet devait permettre de restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées, de créer des millions d’emplois et de contribuer à la lutte contre le changement climatique. Près de vingt ans après son lancement, où en est réellement cette grande ambition africaine ?

En 2026, la Grande Muraille verte a beaucoup évolué. Elle n’est plus considérée comme une simple ligne continue d’arbres destinée à traverser le continent. Les responsables du projet ont progressivement adopté une approche plus large, fondée sur la restauration des paysages et l’amélioration des conditions de vie des populations. Il s’agit désormais de restaurer les sols, de développer l’agriculture et l’élevage, de préserver les ressources en eau, de protéger la biodiversité et de créer des activités économiques pour les communautés rurales.

Les résultats obtenus sont encourageants, mais restent encore insuffisants par rapport aux ambitions fixées pour 2030. Les différentes estimations montrent que le projet n’a pas avancé au rythme nécessaire pour atteindre l’ensemble de ses objectifs. Le manque de financement constitue l’un des principaux obstacles. Les besoins sont considérables pour restaurer des millions d’hectares dans une région aussi vaste que le Sahel. À cela s’ajoutent les conséquences du changement climatique, notamment les sécheresses et les températures élevées, qui rendent la restauration des terres particulièrement difficile.

La situation sécuritaire constitue également un frein important dans plusieurs pays du Sahel. Dans certaines régions, l’instabilité et les conflits rendent difficiles l’accès aux territoires et la mise en œuvre des programmes. Les projets doivent également tenir compte des réalités locales. Planter des arbres ne suffit pas : encore faut-il qu’ils puissent survivre et que les populations puissent bénéficier durablement des terres restaurées.

Le Sénégal constitue à cet égard un exemple intéressant. Dans plusieurs zones du nord et du centre du pays, notamment dans le Ferlo, des programmes de restauration des terres sont menés avec la participation des communautés locales. Des champs communautaires associent par exemple reboisement, production de fourrage et maraîchage. Dans certaines zones, des terres autrefois abandonnées sont progressivement remises en production grâce au développement du maraîchage, de l’apiculture et d’autres activités génératrices de revenus. Ces expériences montrent que la réussite de la Grande Muraille verte dépend autant de la restauration de l’environnement que de l’amélioration des conditions économiques et sociales des populations.

En 2026, de nouveaux programmes cherchent justement à accélérer cette dynamique. Au Sénégal, le programme SURAGGWA doit contribuer à restaurer environ 80 000 hectares de terres dégradées. À l’échelle de plusieurs pays concernés par la Grande Muraille verte, l’objectif est de restaurer environ 1,4 million d’hectares. Ces investissements montrent que les partenaires africains et internationaux continuent de croire dans le projet, tout en cherchant à améliorer son efficacité.

La Grande Muraille verte est donc aujourd’hui très différente de l’image d’un immense mur d’arbres traversant l’Afrique. Sur le terrain, elle prend plutôt la forme d’un ensemble de terres agricoles restaurées, de zones pastorales, de forêts, de jardins communautaires et d’écosystèmes remis en état. Cette nouvelle approche permet de mieux prendre en compte les besoins des populations et les particularités de chaque territoire.

À l’approche de 2030, le principal défi sera donc d’accélérer les actions tout en garantissant leur durabilité. Il faudra mobiliser davantage de financements, renforcer la coopération entre les pays concernés et surtout placer les populations locales au cœur des décisions. La Grande Muraille verte n’est finalement pas seulement un projet de plantation d’arbres. Elle représente une tentative de construire un avenir plus résilient pour les populations du Sahel face à la désertification et au changement climatique. En 2026, la muraille est encore loin d’être achevée, mais elle continue de progresser, territoire après territoire, et reste l’un des grands symboles de l’engagement africain en faveur de la protection de l’environnement.

Moussa Ba, Dakar/Sénégal

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