Le cancer en Afrique : une urgence silencieuse de santé publique

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(Guinée Eco) Longtemps considéré comme une pathologie réservée aux pays industrialisés, le cancer est aujourd’hui une réalité préoccupante en Afrique. La maladie progresse à un rythme inquiétant, sous l’effet conjugué de la croissance démographique, de l’urbanisation accélérée et du vieillissement progressif de la population. Alors que le continent se bat encore contre des maladies infectieuses comme le paludisme, le VIH/Sida ou la tuberculose, le cancer s’impose désormais comme un fléau majeur, souvent négligé dans les politiques de santé publique.

Selon les données de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Afrique a enregistré en 2020 plus de 1,1 million de nouveaux cas de cancer et près de 700 000 décès. Ces chiffres sont d’autant plus alarmants qu’ils pourraient doubler d’ici 2040 si aucune réponse vigoureuse n’est mise en place. Dans la majorité des pays africains, les cancers les plus fréquents sont le cancer du sein, devenu la première cause de mortalité féminine liée au cancer, le cancer du col de l’utérus, favorisé par l’absence de dépistage et de vaccination contre le papillomavirus (HPV), et le cancer de la prostate, très répandu chez les hommes africains. À cela s’ajoutent les cancers du foie, de l’estomac et du poumon, qui sont souvent diagnostiqués à un stade avancé, réduisant considérablement les chances de survie.

Cette montée du cancer s’explique par plusieurs facteurs de risque en pleine expansion. Les changements d’habitudes alimentaires, marqués par l’adoption de produits transformés riches en graisses et en sucres, contribuent à l’augmentation des cas d’obésité et de diabète, deux facteurs aggravants. La sédentarité, de plus en plus courante dans les grandes villes africaines, accentue également le problème. Le tabagisme et la consommation d’alcool, qui connaissent une progression inquiétante, exposent davantage la jeunesse urbaine. Enfin, la prévalence élevée d’infections chroniques telles que l’hépatite B, le VIH ou encore le papillomavirus joue un rôle central dans la genèse de plusieurs cancers spécifiques.

Mais le défi le plus redoutable réside dans la faiblesse des systèmes de santé. Sur l’ensemble du continent, moins de la moitié des pays disposent de centres spécialisés en oncologie. La radiothérapie, pourtant indispensable dans de nombreux protocoles de traitement, est accessible dans seulement une trentaine de pays, souvent avec un nombre d’équipements dérisoire. Par exemple, dans certains États d’Afrique de l’Ouest, un seul appareil dessert des millions de personnes. De plus, le coût du traitement reste prohibitif : une chimiothérapie peut représenter plusieurs mois, voire une année de revenu pour une famille moyenne. Faute de moyens, nombre de malades interrompent leurs soins ou se tournent vers la médecine traditionnelle, ce qui aggrave leur état.

Face à cette situation préoccupante, plusieurs initiatives voient le jour. L’Union africaine et l’OMS encouragent la mise en place de plans nationaux de lutte contre le cancer. Des campagnes de vaccination contre le papillomavirus sont lancées dans certains pays comme le Rwanda, l’Ouganda ou le Sénégal, afin de prévenir le cancer du col de l’utérus. La sensibilisation progresse aussi grâce au travail des ONG locales et internationales, qui multiplient les programmes de dépistage et d’éducation communautaire. Par ailleurs, de nouveaux partenariats internationaux permettent de former davantage de spécialistes africains en oncologie et d’équiper certains hôpitaux avec des technologies modernes.

Cependant, ces efforts restent encore insuffisants face à l’ampleur du défi. Pour véritablement inverser la tendance, il est impératif de renforcer la prévention à grande échelle, d’intégrer le dépistage systématique dans les politiques de santé, et de rendre les traitements plus accessibles financièrement. La lutte contre le cancer en Afrique exige une approche collective, combinant l’engagement des États, la solidarité internationale et la mobilisation des communautés locales.

En définitive, le cancer n’est plus une maladie marginale sur le continent : il est devenu une urgence sanitaire majeure. Sans une réponse coordonnée et ambitieuse, l’Afrique risque de voir le fardeau du cancer s’ajouter aux maladies infectieuses qui pèsent déjà lourdement sur ses systèmes de santé fragiles. Le combat contre cette « maladie silencieuse » est donc l’un des grands défis du XXIᵉ siècle pour l’Afrique, et sa réussite conditionnera en partie l’avenir sanitaire du continent.

  Moussa Ba, Dakar/Sénégal

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